aude turpault serge gainsbourg 5 bis rue de verneuil
aude turpault serge gainsbourg 5 bis rue de verneuil

Un conte de Noël quelques semaines après Noël.

Dans les cadeaux inattendus que j’ai reçu pour Noël, il y avait ce petit livre au curieux titre, 5 bis*, écrit par une certaine Aude Turpault. Elle me l’a adressé parce qu’elle avait, m’écrivait-elle, apprécié la chronique que j’avais consacré au très bon livre de son amie Lisa Balavoine et aimé particulièrement l’un des miens (merci, merci). Je l’ai lu d’une traite – une immense gourmandise que je réfrénais à chaque page.

5 bis est le numéro de la maison qu’habitait Gainsbourg rue de Verneuil. C’est là où, alors qu’elle a treize ans, pas jolie, s’autoportraitise-t-elle, voyoute, sœur d’un frère chiant, parents compliqués, on connaît, là où, en compagnie d’une copine (à deux on a moins peur), elle décide de sonner pour rencontrer celui dont elle est fan. Ma fanatique, dira-t-il.

Il ouvre.

Il ouvre sur une amitié qui va durer cinq ans, jusqu’au funeste 2 mars 1991. Une amitié magique et féroce ; cinq années qui verront le corps d’Aude devenir celui d’une adolescente puis d’une jeune femme tandis que celui de Gainsbourg deviendra celui de Gainsbarre. Une amitié parfumée à la gitane, noyée au Tanqueray ou au Noilly Prat, nourrie aux cantines des plus grands hôtels. Mais surtout une amitié rare, de celle qui constitue le socle d’une vie, qui empêche de tout à fait sombrer dans ses abîmes et laisse la trace d’un père qui manque, d’une histoire pas bien écrite au départ et qui fait le lit du chagrin, de la colère ou de quelques envies de meurtres, parfois.

Aude Turpault écrit remarquablement bien ces cinq années qui ont changé sa vie (et un peu la nôtre si l’on se souvient de tout ce que Gainsbourg a révolutionné) et achève sublimement son récit dans la douleur de l’enfance qui s’efface et s’enfuit. Il faut bien que les choses disparaissent pour que nous ayons la certitude qu’elles ont existé.

Grégoire Delacourt, 15 Janvier 2018

Le magazine des livres

Dériveur rétrospectif, j’ai souvent péleriné rue de Verneuil, regrettant de n’avoir pas osé actionner la sonnette du 5 bis.
J’aurais voulu connaître la bibliothèque aperçue par Marie-Dominique Lelièvre (lire Gainsbourg sans filtre, chapitre 10, Flammarion, 2008) et toucher des yeux la maison imprégnée de réminiscences littéraires : Contes de Grimm, vieux papiers de Mallarmé, Benjamin Constant, Stendhal, Plancy, Nodier, Hoffmann, ces éditions de Charles Dickens qui me fit entrer en littérature.
Au lieu de cela, je suis resté sur le seuil et c’est sur le seuil que je contemple souvent les photographies de Samuel Veis, celles du graffiti spontané qui ornent le mur comme un manteau. Connaissez-vous Le mur de Gainsbourg (EST, Samuel Tastet Éditeur, 2009) ?

Aude Turpault a passé le seuil. Elle avait 13 ans. C’était en décembre1986. L’adolescente n’avait pour vade-mecum que sa passion et sans doute un peu plus, la recherche d’un père, l’architecte des abîmes, celui qui fonde une foi dès lors que l’art est le recours. Avec une copine, elle tente le passage de la douane. Elle tremble. La porte s’ouvre. Les deux filles sont admises à la pédagogie des fantômes du souvenir, au luxe qui éclabousse, à des fastes d’effondrement.

Ce sont les cinq dernières années d’une vie qui s’anesthésie dans le grand shaker du néant. Aude Turpault est le témoin d’une déréliction. Elle n’argumente pas. Elle décrit, comme une épiphanie, des jours tendres, le naufrage et la bonté, la dérive d’un homme-enfant pris à la gorge par la défaite de l’art. Un petit livre immense qui serait comme une réponse aux Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke.

Guy Darol

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Zone littéraire

Il aurait soixante-quatorze ans. Elle, elle en a vingt-neuf. Sur lui, tout a été dit. Sur elle, possible que ça commence. Probable qu’elle rentre dans le cercle médiatique qui a effeuillé sa tête de choux à lui.
Elle a rencontré Gainsbarre comme on tombe sur le bonheur : en frappant à sa porte. C’était au 5 bis, rue de Verneuil, Paris VIIe.

Tout a commencé en décembre 1986. Une histoire qui durera cinq ans.
Issue d’une famille qui se prévaut de n’aimer « que les garçons », elle est le vilain petit canard. « Personne chez elle ne lui demande rien. Rien n’est grave à son âge. » Elle a treize ans. Petite Lolita des faubourgs, elle ne connaît que la violence et la solitude que son amie A.-C. tempère. Quand on désespère, si jeune, on rêve autant qu’on peut. On aspire à l’inaccessible. Pour elle et sa copine, l’échappatoire s’appelle Gainsbourg. À trois, ils iront d’hôtels luxueux en concerts. Le bohême Rock’n Roll. Étalage de billets de banque, virées en taxis, éclats de rires : jouer avec la vie comme les gosses s’amusent en compagnie d’amis imaginaires. Profiter du père Noël tant qu’il est là. Se marrer, tant qu’on est en vie. Désinvoltes, jusque dans les sentiments. Cacher sa misère, « le sourire plein de larmes ».

Chez elle, les hommes ne pleurent pas. Au 5 bis, papa Gainsbourg ne se retient pas. À l’opposé de cette image de monstre qui lui colle à la peau (image qu’il a cherchée mais qu’il ne supporte pas), il se montre tendre, angoissé, sensible à l’excès : le revers légitime des gens apparemment trop sûrs d’eux dans la provocation.
Les parents des deux petites ont peur, ne comprennent pas. Mais qui pourrait saisir cet amour à trois à la fois charnel et chaste, salvateur et pernicieux ? « On » passe à côté, « on » crache sur eux, « on » se moque. Mais de « on », on s’en fout. Tant pis si les autres n’ont pas droit au bonheur singulier des passions pures.

5 ans, comme 5 bis : voici le premier roman d’Aude Turpault, qui parcourt une deuxième fois ces cinq années qui l’ont grandie. Coup marketing ? La sortie du livre ne correspond à aucune date commémorative. Coup éditorial ? Aucune révélation « sulfureuse ». La pudeur est telle qu’elle n’évoque même pas son nom : les deuxièmes pères, on ne les appelle pas par leur prénom. One shot déguisé ? Plus qu’un témoignage, Aude Turpault nous livre une narration aux personnages travaillés. Le style est sans détour : limpidité et lucidité : « Elle se parfume et se maquille pour être moins seule ». Touchant comme un songe de petite fille. L’humilité en plus : si tout le monde connaît la fin du chanteur-auteur-compositeur-esthète-maudit, Aude Turpault n’hésite pas à clore sur les mots d’une autre.
En 1998, avant d’écrire la chanson La fan de sa vie (« Puisque sa vie te rassure / Et que la tienne est trop dure »), Zazie était déjà l’auteur d’un hommage à Gainsbourg intitulé C’est comme ça (« Mieux vaut taire le mal qu’on a / Quand l’autre s’en va / Je ne dirai plus un mot de toi / C’est mieux comme ça »).
On se dit qu’aucune plume n’est de trop. Que chaque texte répond à l’autre. D’abord fan puis amie du génie du « genre mineur », Turpault est avant tout de celles qu’on aime pour elle-même.

Ariel Kenig

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"Et puis de mon côté moi je vous recommande un livre très fragile, très très... comme du cristal, voilà ! C'est un livre très pur, d'Aude Turpault, qui s'appelle "5bis" aux éditions Florent Massot." Patrick Poivre d'Arvor

Requiem pour un bon
Le titre fait référence à l'adresse de la rue de Verneuil, dernier sanctuaire de l'homme à tête de chou, dans la vie duquel la narratrice s'est inserrée. Âgée, lors de sa rencontre avec Gainsbarre, de 13 ans, Aude Turpault en a aujourd'hui 30. Sans révélation libidineuse ni déclaration sulfureuse, le récit d'aude Turpault montre Gainsbourg au crépuscule de sa vie sous un autre jour : un être fragile, angoissé, un compositeur esseulé qui s'amuse à jouer au Père Noël avec une "lolycéenne" perturbée. Un texte lucide et dépouillé, une page de plus dans la littérature consacrée au grand Serge sur lequel, visiblement, tout n'a pas encore été dit. Maximal

Entre 13 et 18 ans, Aude Turpault réussit à pénétrer dans l'intimité de Serge Gainsbourg, alors en mode Gainsbarre. Quelques années plus tard, elle relatera cette étrange relation dans un livre assez troublant, au style à fleur de peau, réédité ces jours-ci. Rolling Stone

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