interview

Vous avez donné beaucoup d’interviews pour 5 bis, vous n’en n’avez pas marre de répondre aux questions ?
Non, pas du tout…
C’est un peu comme une « mission » pour moi. C’est ma façon de le remercier. Pour tout ce qu’il a fait pour moi. Je ne me lasse pas de parler de lui.

Quelle est celle qui revient le plus souvent ?
On me demande souvent si je suis retournée au 5 bis depuis sa disparition… Et la réponse est non, hélas…

15 après la disparition de Serge Gainsbourg, vous avez écrit « 5 bis » de peur d’oublier tout ce que vous avez vécu durant ces 5 belles années. Ce travail a t’il été plutôt salvateur ou a-t’il réveillé des douleurs que vous auriez préférées laisser enfouies ?
L’écriture n’a pas été douloureuse, au contraire. Me replonger dans ces années que j’avais enfouies a été très heureux. Et je me suis rendu compte à quel point j’avais envie de lui rendre hommage et aussi combien cette histoire, mon histoire, était belle.

Quelles différences avez-vous constatées entre la première sortie de votre livre en 2002 et celle en 2011 ? Entre temps Internet s’est démocratisé et Serge Gainsbourg est devenu encore plus culte…
Effectivement, Serge est devenu, en quelques années, une sorte de « mythe » et j’ai découvert l’ampleur du phénomène avec internet. Et j’ai pu ainsi faire de belles rencontres.

Votre livre vous a permis de rencontrer beaucoup de monde, de recevoir de nombreux témoignages de lecteurs, quelle fut la plus belle rencontre ?
Il y en a tellement… J’ai reçu des lettres magnifiques, des témoignages bouleversants et j’ai rencontré des personnes qui font partie de mes amis aujourd’hui et qui me sont devenues très chères.

Le surnom « Gaingain » c’est de vous ou d’Anne Christine ? Il me semble que Bardot l’appelait ainsi aussi. Ca le faisait marrer ? Et vous, comment vous appelait t’il ?
Je ne me souviens plus d’où est venu ce surnom. Peut-être grâce à Bardot! Il aimait ça, oui.
Il m’appelait « la morfale » (j’avais un bon coup de fourchette) ou « Aude Roze » (avec un Z, très important pour lui!)

Pourquoi Anne Christine a été / est plus discrète que vous sur votre histoire d’amitié avec Serge ?
Je pense qu’AC a choisi dès le début de se faire discrète car c’est moi qui étais « fan », qui connaissais tout sur lui. Elle ne savait pas qui il était lorsque je lui ai demandé de m’accompagner. J’ai donc naturellement pris la parole, j’avais tellement de choses à lui dire. Peut-être que je l’ai éclipsée ? Il faudrait le lui demander. Je serais ravie qu’elle s’exprime à ce sujet.

Quand vous pensez à lui, qu’est-ce que vous revient le plus souvent ? Ses rires ou ses larmes ?
Les deux, indéniablement… Le passage du rire aux larmes chez lui pouvait être fulgurant. Même si aujourd’hui j’ai tendance à me rappeler de ses larmes, de sa tristesse, lorsque je revois Anne-Christine, je réalise à quel point nous riions. Je n’ai jamais ri dans ma vie autant qu’avec ces deux personnes-là. Il était d’une drôlerie infinie !

Les grandes victoires pour vous c’était quand vous arriviez à le faire sourire et oublier la tristesse dans laquelle il plongeait souvent. S’il était encore parmi nous aujourd’hui, avec la maturité que vous avez, pensez-vous que vous sauriez mieux vous y prendre pour apaiser ses douleurs ? Même si vous et Anne Christine avez beaucoup fait pour lui du haut de votre adolescence.
Je pense que je comprendrais beaucoup mieux aujourd’hui ses peines et l’écouterais sûrement, comme j’aime le faire avec les autres. Mais en même temps, à l’époque, comme je ne comprenais pas tout ça, je ne pensais qu’à rire et le faire rire. Et c’était évidemment la meilleure façon de le garder heureux. Je n’aurais pas pu faire mieux. Et c’était ce qu’il aimait chez nous.

Est-ce que cette tristesse là dont il souffrait n’est pas l’apanage des personnes malades / victimes de l’alcool ?
Non, je dirais que c’est surtout sa sensibilité à fleur de peau, sa clairvoyance, sa lucidité, la peur de la mort et beaucoup d’autres choses qui le rendaient triste à pleurer.

Il hante vos nuits, vous rêvez souvent de lui. Est-ce que vous lui parlez tout haut quand vous êtes seule ?
Non, mais je pense à lui tellement et furieusement fort qu’il doit m’entendre, ça ne peut pas être autrement !!!!!

De qui vous parlait-il le plus ? De Jane ? De Charlotte ? De Lulu ? De Bambou ? De Bardot ? De Nana ?
De Jane, oui beaucoup. Concernant Charlotte, elle faisait partie du quotidien, de même que Lulu ou Bambou et c’était moins douloureux. A propos de Bardot, c’était assez anecdotique, ou alors lorsqu’il parlait de ses amours perdues… Et Nana, lorsqu’il l’évoquait, c’était dans des moments de grand désespoir. En même temps que ses parents.

Vous avez rencontré Dutronc et Hardy chez Serge. Comment était Françoise dans l’intimité avec Serge ? Son témoignage à son propos dans « Le désespoir des singes » est touchant.
Françoise était sa confidente. Ils s’appelaient extrêmement régulièrement, peut-être tous les 2-3 jours. Je pense qu’elle n’a jamais su qu’il mettait le haut parleur et que j’ai assisté à nombre de leurs conversations, parfois très intimes !!!!
Serge disait à propos de Françoise et Jacques qu’il avait très peu d’amis, qu’il pouvait les compter sur les doigts d’une seule main et qu’eux deux en faisaient partie.
Je rajouterais Jean-Paul Belmondo également. Ils étaient très proche..

Avez-vous toujours les cassettes que vous avez volées chez lui, les cadeaux qu’il vous a offerts (dont le petit chariot en fer, la bague sertie de 3 Saphirs, l’hippopotame en peluche…), la première photo que vous avez faite de lui lors de votre toute première rencontre ? Quel est l’objet qui vous est le plus cher ?
Je n’ai pas conservé les cassettes ni même les films en super 8 que nous avions fait. J’avais également des enregistrements audio de lui (il m’avait offert un walkman enregistreur et je passais mon temps à enregistrer sa voix). En fait, c’était anecdotique pour moi, ça ne comptait pas. Seul lui, sa présence m’importait. Mais j’ai toujours cette bague (qui a échappé à 3 cambriolages!), la peluche « Gaingain » et le petit chariot de fer, les listes de courses. Je n’attache pas d’importance aux objets, mais plutôt aux souvenirs. Si je devais en choisir un, ce serait la dédicace « Histoire de Aude Nelson ». Et puis aussi certains textes qu’Anne-Christine et moi lui avons inspirés. Cela a bien plus de valeur à mes yeux. Quant à la première photo, du premier jour, je l’ai toujours. J’aime le sourire qu’il me renvoie.

Quand Charlotte parle de la maison du 5bis, elle n’évoque jamais la chambre des Poupées mais l’écorché vif. L’écorché vous faisait-il peur ? Quels étaient pour vous les objets de la maison les plus intrigants ?
L’écorché me faisait peur, oui, je ne voulais pas le regarder. Le fauteuil dans lequel je m’asseyais me faisait lui tourner le dos et c’était tant mieux. J’aimais l’homme à tête de chou, qui était à ma droite, que je ne me lassais pas d’observer et qui avait l’air bienveillant. Il y avait tellement de choses à observer, c’était magique. Surtout lorsque nous écoutions de la musique. Cela me permettait de tout détailler, mémoriser. Je crois que je me souviens de tout, de chaque objet.

Avez-vous une ou des pièces dont les murs sont noirs chez vous ?
Non, j’aime trop la clarté. Et le noir est forcément lié à Serge.

L’odeur du 5bis à l’intérieur hante t’elle encore vos narines ? Est-ce votre madeleine de Proust à vous ? Est-ce notamment celle-ci que vous recherchez dans votre quête à pouvoir retourner un jour à l’intérieur ?
Oui, je m’en souviens tellement. Oui, y retourner pour sentir à nouveau cette odeur, mais surtout l’atmosphère, les objets, le calme absolu, le bruit de ses Répetto glissant sur le carrelage, sa silhouette dansante entre les meubles. Il me manque cruellement. Et de plus en plus. Y retourner serait pour moi comme tourner une page, me libérer enfin. Lui dire au revoir.

Et son odeur à lui ?
Oui, j’aimais son odeur, son parfum, la douceur de son cou. Pour lui dire au revoir, lorsque je partais, je devais l’embrasser dans le pli du cou, c’était si doux. Et tendre.

Comment vivez-vous les célébrations des X années de sa disparition ? Chaque 5 années c’est la même histoire, les médias s’emparent de Serge et l’érigent toujours plus haut. Est-ce que vous suivez ces célébrations ou avez-vous tendance à fuir ?
Je ne les fuis pas mais ne les recherche pas non plus. En fait, si je tombe dessus, j’essaie de faire en sorte que mes enfants les voient car comme je ne l’écoute plus, ni ne parle de lui à la maison, je voudrais quand même que mes filles le connaissent.

Suivez-vous les carrières respectives de Jane, Charlotte et Lulu aujourd’hui ?
Oui. De loin en loin. Je ne recherche pas à les suivre mais il y a toujours quelqu’un pour m’informer !

Si vos routes ne s’étaient pas croisées, vous auriez été une personne différente aujourd’hui. Est-ce qu’il vous arrive parfois de vouloir exister sans lui ?
Oui bien sûr. Je trouve parfois cet « héritage » un peu lourd. Mais en fait non, ça me va bien, comme référence! et si parfois on ne s’intéresse à moi que pour ça, ce n’est pas grave, je prends!!!tout le monde n’a pas eu la chance d’être aimée, portée, soutenue et admirée par lui!!!!

Votre fille Lola a lu votre livre, qu’en a t’elle pensé ?
Je ne sais pas. Elle ne me l’a pas dit. Par pudeur, j’imagine. Mais elle a dit à mon mari qu’elle trouvait que j’écrivais très bien!

« 5 bis » aura t’il une suite ? A écouter ou lire vos interviews, il y a tellement de choses qui ne figurent pas dans votre livre…
Je n’ai pas l’intention d’en faire une suite. Même s’il est vrai que j’ai tenu à raconter l’essentiel uniquement. Et puis cela me fait des choses à raconter lorsque je rencontre des lecteurs ou admirateurs de Serge!!! Avoir l’impression qu’il y a toujours à dire ou à raconter sur lui me plaît. Et puis parfois des souvenirs resurgissent, que j’avais complètement oubliés!

Si vous ne deviez retenir qu’une seule chanson : la dernière que vous écouteriez avant de partir ?
J’hésite entre « Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve » et « Dépression au-dessus du jardin »

Et pour finir, à choisir, avec ou de Serge vous préfériez :

– Chemise en jean bleu claire ou chemise militaire ?
Chemise en jean bleu clair et jean troué!!!!

– Gitanes ou Pastis ?
Gitanes et zippo, bien plus élégant et moins dangereux. Chaque fois qu’il allumait une cigarette était un réel spectacle pour les sens (ses jolies mains, l’odeur et le bruit du zippo)

– La chambre au 5 bis ou la suite du Raphaël ?
La chambre du 5 bis qui offrait une promiscuité que ne permettait pas le salon, et puis son écran géant, le dessus de lit si doux, le lit si grand, les pas légers de Serge sur le tapis…

– Jane ou Bambou ?
Sans hésiter Jane. J’ai rarement vu dans l’entourage de Serge une personne aussi bienveillante. Envers lui et envers moi.

– Love on the Beat ou You’re Under Arrest ?
You’re under arrest. Parce que Anne-Christine et moi lui avons inspiré. Parce que j’étais présente tout au long de la composition, de l’écriture, et aussi parce que j’ai participé (activement !!!) à l’élaboration de cet album. Il est donc forcément fort en émotions pour moi.

– Salles de concert ou plateaux télé ?
Les deux. Mais pour des raisons différentes. J’aimais le voir en concert car j’étais fière de lui, fière d’être aimée par lui. Et les plateaux TV, j’aimais ça car il m’y emmenait et je pouvais m’asseoir par terre sous les caméras et sentir son regard pendant tout l’enregistrement. C’était inoubliable. Même si je préférais l’avoir pour moi seule !

– Chat perché ou lancer de terre sur les passants ?
J’aimais tellement jouer avec lui à chat perché, probablement parce que ça le rendait tellement heureux. Il pouvait alors redevenir le petit garçon qu’l n’avait pas cessé d’être.

– Un tour en camion poubelle avec les éboueurs ou dans le panier à salade avec les flics ?
Le camion-poubelle bien sûr!!!!!!